Le saxophone de la rue sans merci

Posted: 30/06/2009 in Literature, Novel, Poetry, Short story, Writer
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Jimmy se levait à 5 heures tous les jours.  Peu importe ses humeurs, son état de santé, rien ne pouvait le retenir au lit. Il se levait d’un bond, enfilait ses mules noires de bazar, ses lunettes rondes dénichées dans un drugstore sur le bout du nez et, en deux ou trois pirouettes, il se dirigeait immanquablement vers la cuisine afin de préparer son petit déjeuner : allongé double et tartines grillées… En écoutant le jazz du jour à la radio, il enfilait le tout presto, debout devant la fenêtre. Jimmy ne perdait jamais de temps. Il aimait observer le ciel, les nuages et le rythme du vent afin de s’improviser quelques fugues pour ce nouveau jour.

De cette unique fenêtre orientée vers le fleuve, il pouvait deviner la naissance du toit de sa deuxième maison. Il reconnaissait les couleurs et se remémorait les odeurs de son atelier particulier.  Le petit bâtiment était situé à quelques rues seulement de son deux pièces.

 

Jimmy était cocher, de père en fils. Son écurie accueillait 8 chevaux et un saxophone.

Il aimait arriver tôt dans son antre équestre. Il prenait plaisir à saluer chacun de ses pensionnaires en les caressant gentiment, tout en vérifiant leurs humeurs matinales. Les bêtes, toutes plus belles les unes que les autres, se dandinaient doucement dans leurs box respectifs en guise d’accueil amical. Jimmy préparait le premier repas des chevaux avec attention. Chaque animal bénéficiait d’une diète magique et secrète conçue par leur maître. La ration matinale ressemblait à un petit medley vitaminé pour ballet équestre : du blé pour Billy, du maïs pour Anaïs, du miel pour Nathaniel, de l’avoine pour Givemesome, du thym pour Summertime, de la sauge pour Savage, de la cannelle pour la Damebelle et de la menthe pour Ella.

Pendant que les destriers se restauraient, Jimmy nettoyait les moindres coins et recoins de son Éden à l’est de la rue sans merci. Il balayait partout, remplaçait la paille de la nuit par celle du jour et remettait de l’ordre dans le club house. Il vérifiait l’état des attelages et des calèches, puis complétait sa tournée par un inventaire du tout et des riens de son domaine.

À la suite de quoi, il se dirigeait vers la vieille chaise de bois que lui avait offerte son père, Jimmy Premier, et s’offrait une première pause jazz, une petite improvisation musicale sans prétention. Une ode à ses compagnons équins suivie de quelques autres notes secrètes qui n’appartenaient qu’à lui. Jimmy le cocher jouait du saxophone et tous les chevaux devenaient le Jimmy doublequartet de la rue sans merci.

Vers 9 heures, les autres cochers arrivaient à l’écurie et se mettaient au travail. Bientôt, tous étaient armés pour affronter moderato les rues du Vieux-Québec à la recherche des premiers voyageurs du jour.

“C’est ainsi qu’un samedi de juin, devant le Château Frontenac, je croisai la route d’Ella la rousse, de Jimmy le cocher et d’un saxophone.”

À suivre…

English version will follow very soon…

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